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"FAIRE
COMME SI" Comme
vous avez peut-être déjà pu le lire
dans d'autres éditions de "possibilités & solutions
de la semaine" que j'ai écrites ou
à travers mon choix de citation, je conseille
assez souvent de "faire comme si"
afin de développer de nouvelles capacités
ou de nouveaux comportements.
Que
je présente ce conseil lors d'une conférence,
d'un stage ou à travers un article, il suscite
assez souvent de l'étonnement et des
interrogations. En effet, on me demande
fréquemment si le fait de "faire comme
si" n'est pas une façon de se mentir
ou de tricher. Récemment, Laura (prénom
fictif) m'écrivait en me faisant part de sa situation
personnelle. Voici, en résumé, ce que Laura
me disait pour décrire ses difficultés avec
le "faire comme si" :
"Je ne me sens pas en harmonie en présence de mon nouveau collègue. Il ne répond
que très brièvement à mes questions, sans un regard ni un sourire. Cette attitude
m'intimide et me fait perdre confiance. Or je ne peux pas "faire comme si" je
l'appréciais car je lui mentirais et je me mentirais à moi-même."
Je
remercie chaleureusement Laura pour ces quelques lignes car elles
ont le mérite de bien mettre en exergue
la confusion trop souvent faite entre "faire
comme si", "ressentir comme si",
"penser comme si" ou "être
comme si". Dans "faire comme si",
il y a un verbe qui joue un rôle important
et qui est en rapport avec une action, un
comportement, un agissement. Je peux agir
en "faisant comme si" je ne pouvais
échouer. Je peux prendre la parole en public
en "faisant comme si" j'avais
les capacités d'un grand conférencier (connu
ou imaginaire). Lorsque j'ai tenu pour la
première fois notre premier enfant dans
mes bras, je peux vous assurer que j'ai
fait comme si je savais faire cela car
sinon j'aurais eu tellement peur de lui
faire mal qu'il m'aurait été impossible
de le prendre et de m'en occuper.
Pour
l'être humain, une des façons naturelles d'apprendre
à faire quelque chose de nouveau consiste
à reproduire ce qu'il voit faire par d'autres.
Lorsque j'étais enfant, je me souviens avoir
appris à faire modestement du tennis en
regardant les grands champions à la télévision.
Lorsque le match était terminé, j'empoignais
ma raquette, mes balles et je descendais
dans la cour de ma maison pour taper des
balles contre le mur en essayant de reproduire
ce que je venais d'observer à
l'écran. Sans le savoir, j'utilisais déjà
cette technique du "faire comme si".
Il
me paraît important de souligner que le
"faire comme si" ne s'applique
qu'à l'acquisition ou au développement d'une
nouvelle capacité. Il ne concerne pas la
gestion d'une émotion ou le développement
d'une authenticité personnelle. Dans le
témoignage de Laura qui n'est pas
en harmonie en présence de son nouveau collègue,
elle insiste sur le fait qu'elle ne peut pas "faire
comme si" elle l'appréciait et elle
a totalement raison. En effet, on ne peut pas demander
à nos émotions ou à notre "coeur"
de "faire comme si". Néanmoins,
le témoignage de Laura soulève deux
questions importantes :
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1.
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En
quoi cette attitude (celle du
collègue) intimide
Laura ?
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2.
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Qu'est-ce
qui manque comme ressource
(confiance, paix, etc.)
à Laura pour vivre cette situation de
manière plus détachée et
la faire évoluer ?
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Il
est évident que les comportements et les attitudes
du collègue de Laura ne sont pas sous son contrôle
à elle.
En revanche, sa réaction et son état intérieur
(colère, peur, instabilité, etc.) face à
lui sont totalement sous son contrôle. Par conséquent,
l'objectif prioritaire n'est pas d'apprécier le collègue
mais de ne plus être touchée ou déstabilisée
par son comportement. Peut-être, et je dis
bien peut-être, que le fait d'agir comme
si Laura avait confiance en elle (faire comme
si) lui permettrait de corriger sa réaction
et, par la même, son mal-être face à ce
collègue.
Afin
de vous aider à utiliser le mieux possible
la technique du "faire comme si",
voici quelques questions qui vous permettront,
d'une part, de savoir si la technique du "faire
comme si" est appropriée et, d'autre
part, de définir comme la mettre à votre
service.
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Face
à la situation à laquelle je
suis confronté(e), qu'est-ce
qui me pose problème ou qui
me manque ?
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a)
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Est-ce
dans ma capacité à agir
ou à réaliser quelque chose
?
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b)
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Est-ce
dans la gestion de mes émotions
?
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c)
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Est-ce
dans ma façon de penser ou de
réfléchir ?
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Dans
cette situation problématique,
qu'est-ce qui est sous mon contrôle
?
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Dans
quelle mesure mon problème est-il
lié à mes réactions face à une
personne ou à une situation
extérieure ?
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En
quoi est-ce important pour moi
que ce problème soit résolu
?
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Qu'est-ce
que je devrais développer comme
nouvelle ressource pour être
en mesure de résoudre ce problème
?
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a)
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une
capacité à agir ou à me comporter
(visible extérieurement)
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b)
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une
ressource intérieure (confiance,
calme, paix intérieure, etc.)
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c)
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une
façon de penser ou de voir différente
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Si
votre problème est dû à un manque en
terme de capacité à agir ou que la ressource
à développer pour le résoudre se décrit
en terme de nouvelle capacité à agir ou
à se comporter, alors le "faire comme
si" peut être une technique vraiment
très efficace. Il faudra cependant prendre
soin de vérifier que le problème est
sous votre contrôle et que votre niveau
de motivation (le niveau d'importance à
le résoudre) est suffisant avant de vous
engager à pleinement utiliser les bénéfices
du "faire comme si".
Une
fois que vous saurez que le "faire
comme si" est une technique utile,
il vous restera encore à vous préparez à
l'utiliser efficacement. Voici comment vous
y prendre :
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1.
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Définissez le
comportement, la capacité, que
vous désirez développer à l'aide
du "faire comme si".
Au besoin, équipez-vous d'une
feuille de papier pour établir votre
définition par écrit.
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2.
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En
imaginant qu'une caméra ait
pu vous filmer alors que
vous avez déjà acquit la
capacité ou le comportement
souhaité, décrivez aussi précisément
que possible ce que l'on verra
et entendra sur la bande
vidéo. Décrivez les gestes et
les paroles vues de l'extérieur.
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3.
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Lorsque,
de l'extérieur, vous vous
voyez et vous vous entendez
dans la bande vidéo (point 2),
imaginez ce que l'acteur (vous)
dans le film peut ressentir
alors qu'il vit cette scène.
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4.
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Rembobinez
le film au début, entrez dans
le film, et vivez le film de
l'intérieur. Si quelque chose
n'est pas agréable en vivant
le film de l'intérieur, reprenez
au point 2 et apportez les corrections
qui s'imposent.
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5.
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Faites déjà
l'inventaire de tous les
contextes ou environnements futurs
où il sera bon que vous puissiez
faire comme dans le film.
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Lorsque
l'un des contextes ou des environnements
se présentera, reproduisez ce que vous avez
vécu dans le film en "faisant comme
si". Même si cela ne marche pas du
premier coup, n'oubliez pas que c'est en
tombant que vous avez appris à marcher.
Transformez
l'idée en action et faites vos expériences.
Si vous avez des questions ou si vous désirez
partager votre point de vue ou ce que vous
avez vécu en mettant en pratique le "faire
comme si", n'hésitez pas à m'adresser
un email à denis@denisjaccard.ch.
En
restant à votre entière disposition, je
vous adresse mes chaleureuses pensées.
Denis
Jaccard
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